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Ecole Primaire El Bilia Junior - Casablanca - Maroc

Ecole Primaire El Bilia Junior - 1989

Le bâtiment est composé de formes expressives constituant une petite « société des choses construites ». Elles ont une existence propre et produisent un ensemble cohérent où chaque fragment est identifiable tout en étant relié à l’agencement global. Le principe architectural est celui de décomposer et de mettre les éléments en relation. Ce qui est aussi remarquable, c’est l’association des formes à des fonctions précises et distinctes. Chaque forme révèle ce qu’elle abrite comme affectation. La présence de l’arbre comme séquence verticale en totale harmonie avec la composition globale témoigne d’une communion entre la nature et l’architecture. Cet arbre centenaire exprime aussi le rattachement aux racines terriennes et son existence ancre davantage le bâtiment dans le sol et dans le temps. L’école sort du sol comme un arbre émerge de ses racines. L’arbre fait partie des éléments architecturaux de la composition; il donne le tempo à l’harmonisation d’ensemble. L’architecte souligne son œuvre par des gestes plastiques révélateurs de ses choix esthétiques. Certains volumes sont soulignés par un travail artistique qui augmente l’équilibre de la façade entre l’horizontalité et la verticalité. L’exercice plastique est serviteur de l’architecture. Parmi les séquences verticales figure le crayon, entièrement symbolique et n’incarne aucune fonction en dehors de son clin d’œil à l’écriture. Le crayon symbolise l’ordre divin du savoir et traduit le verset du Coran «Al alaq», incitant le croyant au savoir. Sa position debout renforce l’orientation vers les hauteurs de la connaissance.

Le volume en œil qui transperce le bâtiment indique le chemin du savoir, il peut aussi être à l’image du bateau et de la percée dans l’infini du savoir. Le bâtiment a une stature debout qui affirme son existence ; il est situé à travers plusieurs temps : le passé et l’avenir, la nature et la culture, la vie et le savoir. L’architecte a conçu un espace ludique par les formes, les couleurs, les matériaux, les textures, la lumière, le cadrage et les rapports qu’il entretient avec la nature et la végétation. En effet, les couleurs permettent une meilleure mémorisation de l’espace par l’enfant, très sensible aux stimulis chromatiques. Le traitement des surfaces interpelle le sens tactile. L’enfant est au centre, et pour cela on lui simplifie l’accès et la déambulation autour d’un espace central. C’est un espace qui offre à l’enfant les possibilités d’appropriations des lieux (les niches par exemple). Il s’agit aussi d’un espace dynamique qui sait accompagner le désir et le besoin de mouvement chez l’enfant. Le vide central par exemple participe aux jeux chez l’enfant et devient une occasion de tourner autour. Ce vide se prolonge vers le ciel et crée un mouvement vers le haut. Pour l’enfant, pouvoir jouer c’est pouvoir se construire. L’action est synonyme de développement. Ce travail contribue à la réflexion sur la place de l’enfant dans la société marocaine et sur la meilleure façon de l’accompagner dans son élaboration d’individu en voie d’épanouissement. L’école est percée en son centre par une lumière traversante ; c’est la lumière du savoir. Cette centralité incarne aussi la symbolique de la maison traditionnelle carrée qui s’organise autour de son patio. C’est un clin d’œil à l’architecture méditerranéenne.